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LA NATIVITÉ DU CHRIST

Nativity of Christ icon, Monk Gregory Kroug « Qui pour nous autres hommes et pour notre salut est descendu des cieux. »

L'apparition de la fête de la Nativité du Christ remonte au début du christianisme, probablement à l’époque des apôtres. Dans les règlements apostoliques il est recommandé de fêter le jour de la Nativité du Christ le 25 décembre et on signale l'importance de cette fête pour l'Eglise.

« Observez, frères, les jours de fête, en premier lieu le jour de la Nativité du Christ. »



Cette commémoration particulière immémoriale de la Nativité du Christ a été, bien après, caractérisée par saint Jean Chrysostome en ces termes : « Celui qui nommera cette fête la mère de toutes les fêtes, celui-là ne tombera pas dans l’erreur… »

A partir de la fête de la Nativité du Christ prirent naissance toutes les fêtes comme prennent naissance à partir d'une source différents courants. La Nativité du Christ est comme une nouvelle création du monde. La commémoration de l'incarnation de Dieu le Verbe devient une pierre angulaire. La confession de l’incarnation de Dieu sépare mystérieusement la lumière des ténèbres. Selon la définition de saint Jean :

« Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair

est de Dieu ;

et tout esprit qui ne confesse pas la venue du Verbe de Dieu, Sa venue dans la chair,

n'est pas de Dieu ;

C’est là l’esprit de l’Antéchrist »

(Première Epître de Jean, 4, v. 2-3).


Le temps qui précédait la Nativité du Christ était rempli d’une appréhension très profonde. On sentait en tout la perte d’une structure solide. Les peuples, dans les siècles qui ont précédé l’incarnation de Dieu, se trouvaient dans un mouvement perpétuel. Et l’acquis culturel des peuples ne conservait pas une singularité totale, mais se mélangeait, fusionnait. Les cultures des différents peuples se pénétraient l’une l’autre, s’influançant, se transformant, se dissolvant pour ainsi dire l’une l'autre.

Le monde qui a précédé l’incarnation de Dieu le Verbe, rappelait un champ ameubli, fertilisé par la fumure, plein de moiteur, qui désire recevoir les semences de la vie éternelle - prémices du Siècle à venir.

L'image de la Nativité du Christ est contenue mystérieusement dans le songe qu'a vu Nabuchodonosor et qui a été prophétiquement expliqué par le prophète Daniel (Daniel, ch. 2). La pierre qui s'est détachée de la montagne, sans que la main l’eût touchée, et qui a anéanti la grande idole est l’image de la Nativité du Christ. Et habituellement sur l'icône de la Nativité du Christ le Sauveur a, pourrait-on dire, une ressemblance imagée avec la pierre qui a vaincu et anéanti le terrible orgueil humain sous la forme de cette idole. L’Enfant est représenté habituellement au centre même de l'icône emmailloté, sa taille est extrêmement petite. Souvent, par ses dimensions, la représentation du Sauveur est plus petite que toutes les autres représentations sur cette icône et dans le même temps c’est l’icône du Seigneur - l'icône du Christ ; la position du Sauveur sur l'icône occupe la place royale du Seigneur. Quant à la représentation de la Mère de Dieu, elle est habituellement plus grande que toutes les représentations de cette icône et en cela s’est reflétée la prophétie qui avait été donnée dans le songe de Nabuchodonosor et interprétée par Daniel. L'image de la montagne et de la pierre qui s’était détachée de la montagne sans que main l'eût touchée est l'image prophétique de la virginité de toute éternité de la Mère de Dieu.

C’est dans cette petitesse du Sauveur qui a accepté l'humilité des langes et de la crèche des animaux qu'est le mystère par lequel le genre humain a été guéri du poison de l’orgueil, déversé par Satan dans « l’ouïe d’Eve ». Toute la superbe humaine, née de l’enorgueillissement de Satan déchu, a perdu dans la Nativité du Christ son attirance, a perdu sa gloire apparente. L’accomplissement de la prophétie contenue dans le cantique de la Mère de Dieu s’est réalisé : « Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles.» (Luc 1, v. 52). L’icône de la Nativité du Christ, c’est l'image de la gloire qui ne passe pas, de l'amoindrissement volontaire du Christ ; tous les contours principaux de l’icône, toute sa construction, parlent de cela. L'icône, qui constitue dans ses contours une sorte de sceau exprimant la fête dans son sens fondamental, exprime la gloire du Christ qui s’est fait volontairement homme, la gloire de son amoindrissement.

Il semble que la pierre partie de la fronde de David qui a frappé le Philistin Goliath de la race des géants, arrogant dans sa force, préfigure également le renversement de l’orgueil par la Nativité du Christ.

Et peut-être que l'image contenue dans l'Evangile dans les paroles du Sauveur Lui-Même à propos du grain de sénevé, dans la parabole sur le royaume des cieux - témoigne aussi du Christ-Dieu Enfant, couché dans la caverne, comme dans les entrailles de la terre.

La semence de sénevé, plus petite que toutes les semences, une fois jetée dans la terre doit devenir un grand arbre ; on peut dire que le Christ, royaume du ciel incarné, Jérusalem vivante, telle la semence de sénevé jetée dans les entrailles obscures de la terre, est né dans les entrailles obscures d’une caverne creusée dans la terre ; le fait qu’il a été mis par la Mère de Dieu Elle-Même, non pas dans une maison quelconque, non pas à la surface de la terre, mais dans une grotte, pour ainsi dire dans la profondeur de la terre, ce fait a sanctifié et rendu salées les entrailles mêmes de la terre, qui ont reçu une vie nouvelle, inconnue jusqu'alors. Sur l'icône de la Nativité la caverne est habituellement représentée sans aucune complexité, sans essai de représenter les particularités, sans essai de donner un éclairage quelconque, mais elle est représentée comme un creux entièrement noir, comme l'ouverture de la bouche de la terre, et cette noirceur n’est adoucie par rien. Et cette noirceur est opposée avec force à la lumière du Sauveur, à la couronne qui entoure sa tête et à la blancheur de ses langes dont L’a emmailloté la Mère de Dieu.

La terre, sur l'icône de la Nativité, n’est pas représentée lisse ou unie, non, elle est pleine de mouvements, elle est pleine de saillies, de sommets, de creux. Son mouvement rappelle le mouvement des vagues de la mer. Et ce caractère montueux, accidenté, de la surface terrestre n’est pas seulement un témoignage sur la localité accidentée et montagneuse qui se trouvait près de Bethleem, mais a un autre sens secret plus général. La terre a connu le jour de sa visitation. Elle à répondu au Christ en renaissant tout entière, en se mettant tout entière en mouvement ; comme une pâte, elle a commencé à fermenter parce qu'elle avait senti en elle le levain de la vie éternelle. Et ces plis ondulés et en saillie de la terre qui entourent la caverne, ne sont pas déserts, mais pleins d’un mouvement plein d'appréhension et joyeux. Habituellement sur les icônes de la Nativité sont représentés aussi les anges, les mages et les bergers. Les anges comme premiers témoins et annonciateurs de la Bonne Nouvelle de la Nativité du Christ ; les mages et les bergers comme le genre humain appelé à adorer le Christ. Les mages et les bergers ne constituent pas une synaxe unique et en soi ils ne sont pas proches les uns des autres.

Les bergers représentent le peuple juif élu; le ciel s'est ouvert à eux et la synaxe des anges, qui chantent un cantique à Dieu, est devenue visible. Ils ont été appelés à adorer le Christ au nom de tout Israël. Ils ont reçu directement par les anges la Bonne Nouvelle. Les mages, eux, représentent le sommet du monde païen. Ils s'élèvent à la compréhension du sens de la Nativité du Christ. Ils s'élèvent par une route qui n’est pas simple, mais très difficile, très complexe, et ils viennent adorer le Christ non pas d'endroits proches, mais ils viennent de loin, selon la tradition de l’Eglise Orthodoxe, de Perse ; la route des mages conduits par une étoile est difficile et lointaine. Les mages étaient guidés et instruits non par la conversation avec les anges, mais par le mouvement de l'étoile, bien qu'ici tout ne soit pas révélé entièrement. Ainsi saint Jean Chrysostome dit que l'étoile qui conduisait les rois à Bethléem n’était pas une simple étoile, mais un ange qui irradiait la lumière pareillement à une étoile et conduisait les rois orientaux pour qu’ils adorent le Christ.

La Bonne Nouvelle est diverse comme est diverse la route des pasteurs et des rois orientaux et ils sont unis et liés ensemble par le Christ Emmanuel qu'ils sont venus adorer, de la même façon que deux murs d’un édifice sont unis et liés par la pierre qui est posée à l'intersection et sur laquelle repose l'unité de toute la construction sans laquelle deux murs ne pourraient jamais se joindre et ne pourraient être les murs d’un seul édifice. Cette idée est exprimée très clairement sur les icônes de la Nativité du Christ. Les mages qui vont adorer constituent un groupe distinct qui n’est pas mélangé avec les bergers. Les bergers, eux, sont représentés séparément écoutant les anges. Dans la partie supérieure de l'icône, juste au-dessus de la caverne est représentée l'étoile qui conduisit les rois pour qu’ils adorent le Christ et elle est représentée d’une manière peu habituelle, elle est comme envoyée pour s'arrêter audessus de la caverne, elle n’est pas représentée à part, mais sort des sphères célestes qui sont représentées au sommet même de l'icône ; le symbole de l'étoile de Bethléem est conservé non seulement sur les icônes de la Nativité, mais même dans le service divin. Lorsque s’accomplit la proskomidie on pose sur le diskos (la patène) « l'astérisque» au-dessus de l'agneau ôté du pain béni (prosphore) et posé sur le diskos. Cette astérisque signifie l'étoile qui s’est arrêtée au-dessus de l’Enfant-Dieu couché dans la crèche. Et le chandelier que l’on apporte la veille de Noël et que l’on pose au milieu de l’église signifie aussi l'étoile de la Nativité.

Il semble que cette étoile occupe une telle place dans la fête de Noël parce qu’elle est l’archétype mystérieux du Christ comme en témoigne l’Apocalypse : « Je suis la racine et le descendant de David - l'étoile lumineuse et matinale. »

Habituellement sur l'icône de la Nativité on représente Joseph, Celui qui fut fiancé à la Vierge, ployé dans l’affliction, torturé par les doutes, par le fait qu’il n’est pas en état d'assumer le mystère de la Naissance donnée par une Vierge. Devant lui se tient le démon sous les traits d’un vieux berger et il tente de troubler Joseph. Il est caractéristique pour plusieurs icônes de la Nativité que la Mère de Dieu a la face tournée non vers le Sauveur, mais vers Joseph et le visage de la Mère de Dieu exprime une appréhension et une tristesse profondes. La Mère de Dieu semble vouloir aider de toutes ses forces Joseph et dans ce souci est défini déjà le ministère de la Mère de Dieu, comme Reine des cieux, comme médiatrice du genre humain, celle qui porte les afflictions du genre humain.


Moine Grégoire
(+1969)